En bref
L'architecte Jordi Martí affirme que les radiateurs classiques sont obsolètes et seront remplacés par le chauffage basse température dans les logements bien isolés.
Trois points à retenir
- Les radiateurs classiques ne sont plus nécessaires dans les maisons bien isolées où les murs restent chauds naturellement
- Le chauffage basse température (pompes à chaleur, planchers chauffants) fonctionne entre 30 et 40 °C contre 60-70 °C pour les radiateurs
- MaPrimeRénov' offre jusqu'à 11 000 € pour une PAC géothermique tandis que les chaudières gaz sont exclues des aides
La réponse en bref
Selon Jordi Martí, les radiateurs classiques disparaîtront progressivement car ils sont inadaptés aux logements modernes bien isolés. Le chauffage basse température (pompes à chaleur, planchers chauffants) les remplacera, soutenu par les aides publiques et les nouvelles normes énergétiques.
Quand un architecte prédit la disparition des radiateurs classiques
La déclaration a de quoi surprendre : Jordi Martí, architecte spécialiste de l’efficacité énergétique, affirme sans détour que « les radiateurs ont les jours comptés ; c’est une technologie inefficace et obsolète ». Il ne s’agit pas d’une tendance décorative ni d’un effet de mode. Pour lui, ce sont les nouvelles exigences d’isolation, la lutte contre le carbone et la flambée des prix des combustibles qui bouleversent profondément nos logements chauffés à l’eau chaude.
Pendant des décennies, les radiateurs classiques en fonte ou en acier ont pallié les défauts des murs mal isolés et des fenêtres peu étanches. Vissés sous chaque fenêtre, ils faisaient partie du décor intérieur. Mais les immeubles neufs — et de plus en plus de maisons rénovées — présentent désormais un profil thermique radicalement différent. Une question s’impose alors chez les professionnels du bâtiment : ces équipements ont-ils encore leur légitimité dans les habitations d’aujourd’hui ?
Pourquoi les radiateurs classiques ne sont plus compatibles avec les maisons bien isolées
Jordi Martí l’explique clairement : dans les vieux logements mal isolés, le corps humain rayonne de la chaleur vers des parois très froides, ce qui crée une sensation permanente de courant d’air. C’est précisément pour compenser cet inconfort que des radiateurs à haute température étaient nécessaires. Il résume la situation en une formule frappante : « Si ta maison est bien isolée, les murs seront chauds même si la température intérieure est la même. »
Le confort ne repose alors plus sur un point chaud localisé, mais sur l’homogénéité thermique de toutes les surfaces. Dans une maison performante, les murs, le sol et les vitrages restent proches de la température ambiante, rendant le froid ressenti bien moindre. Maintenir une chaudière gaz haute température alimentant des radiateurs à 60 ou 70 °C n’a, dans ce contexte, plus aucune logique. « Aujourd’hui, il n’a plus de sens d’avoir une chaudière à gaz et des radiateurs qui deviennent brûlants », insiste l’architecte. Les besoins thermiques chutent, et les technologies doivent évoluer en conséquence.
Le remplaçant jugé « bien meilleur » : le chauffage basse température
Pour Jordi Martí, l’avenir appartient au chauffage basse température, parfaitement adapté aux logements performants. Il met en avant plusieurs solutions : l’aérothermie via la pompe à chaleur (PAC), le plancher chauffant, les plafonds ou murs chauffants, ainsi que les systèmes de climatisation par air. Ces équipements fonctionnent avec une eau maintenue entre 30 et 40 °C, bien en dessous des températures exigées par les anciens radiateurs.
« Tu verras de moins en moins de radiateurs », assure-t-il, en reliant directement cette évolution aux normes énergétiques en vigueur et à l’augmentation du coût des énergies fossiles. Une transformation qui n’est plus seulement technique, mais aussi économique et réglementaire.
En France, les aides publiques accélèrent cette transition. Selon Habitatpresto, MaPrimeRénov’ peut atteindre 5 000 € pour une PAC air/eau et 11 000 € pour une PAC géothermique ou solarothermique, soit environ 5 400 € et 11 900 € en équivalent euro constant. L’éco-prêt à taux zéro monte quant à lui jusqu’à 50 000 €, remboursables sur 20 ans. À l’inverse, les chaudières au gaz sont désormais soumises à une TVA de 20 % et exclues aussi bien de l’éco-PTZ que des principales primes disponibles.
Faut-il vraiment enlever tous ses radiateurs en passant à une pompe à chaleur ?
Sur le terrain, la réalité est plus nuancée. Plusieurs énergéticiens rappellent qu’une PAC peut très bien fonctionner avec des radiateurs existants, à condition que ces derniers soient suffisamment dimensionnés pour assurer le chauffage avec une eau moins chaude. Le critère décisif devient alors la température de départ : plus elle est basse, meilleur est le rendement de la PAC.
Autrement dit, certains radiateurs pourront être conservés, tandis que d’autres devront être remplacés par des modèles basse température ou des ventilo-convecteurs. Avant de prendre une décision, les architectes recommandent un diagnostic préalable portant sur plusieurs points :
- le niveau d’isolation réel de la maison (murs, combles, vitrages) ;
- le type et la taille des radiateurs actuellement installés ;
- les projets de travaux lourds envisagés, comme la pose future d’un plancher chauffant.
Dans une maison récente bien isolée, la combinaison idéale reste souvent la PAC air/eau couplée à un plancher chauffant, ou la PAC air/air pour ceux qui souhaitent également rafraîchir leur intérieur en été. Dans un logement ancien encore peu isolé, les experts conseillent de traiter d’abord l’enveloppe du bâtiment, tout en prévoyant des émetteurs capables de fonctionner à plus basse température.
Les dispositifs d’aide, fortement orientés vers les systèmes décarbonés, accompagnent déjà cette transition discrète mais profonde, dans laquelle les vieux radiateurs s’effacent progressivement au profit de surfaces chauffantes plus douces et d’équipements pilotés par l’électricité.


