En bref
L'installation de doubles fenêtres intérieures a provoqué un ruissellement d'eau sur le bois de la fenêtre d'origine en raison de la condensation de l'air humide de la pièce sur la vitre extérieure froide.
Trois points à retenir
- L'air humide de la pièce s'échappe autour de la vitre intérieure et se condense sur la vitre extérieure froide, provoquant un ruissellement qui imbibe le bois.
- Pour limiter la condensation, la vitre intérieure doit être beaucoup plus étanche que la vitre extérieure, ou la lame d'air doit être ventilée en acceptant une perte de chaleur de 2,5 % à 16 %.
- Baisser l'humidité de la pièce reste le geste le plus direct pour réduire la condensation, les recommandations variant entre 40 % et 70 % d'humidité relative.
La réponse en bref
L'eau se forme parce que l'air humide de la pièce s'échappe autour de la vitre intérieure et se condense sur la vitre extérieure froide, créant un ruissellement qui imbibe le bois.
Doubles fenêtres intérieures : en décembre, le bois ruisselait
Une seconde vitre posée côté pièce devait couper le froid, mais un mois plus tard l’eau coulait sur le bois d’origine.
En novembre, la dernière vitre intérieure s’est enclenchée dans son cadre et le salon a retrouvé un peu de silence. Le principe tenait en une phrase : une seconde fenêtre côté pièce, la fenêtre d’origine côté rue, une lame d’air entre les deux. Elle pensait avoir réglé l’hiver. En décembre, l’eau coulait sur le bois de la fenêtre d’origine. Ce n’était pas la vitre intérieure, restée sèche, qui posait problème. Le liquide s’accumulait derrière, côté extérieur, là où personne ne regarde jamais.
Pourquoi l’eau se forme-t-elle sur la vitre extérieure ?
Une double-fenêtre réduit la transmission de chaleur à travers les vitres, les ingénieurs canadiens du Conseil national de recherches l’établissent depuis des décennies. Mais elle crée aussi un volume d’air coincé entre deux parois dont l’une est tournée vers le froid.
L’air de la pièce, chargé de vapeur d’eau, ne reste pas sagement côté intérieur. Une partie s’échappe autour de la vitre intérieure et vient se condenser sur la vitre extérieure.
La condensation se forme sur la face interne de la vitre extérieure dès que sa température passe sous le point de rosée de l’air de la poche.
Plus il fait froid dehors, plus ce point de rosée est vite atteint. L’eau descend le long du verre, s’accumule en partie basse et imbibe les matériaux qui bordent la vitre. Les documents techniques notent que la moisissure peut faire pourrir le bois des dormants. Sur une fenêtre ancienne dont on voulait justement préserver le charme, le résultat est l’inverse de l’effet recherché, et il se constate au printemps, quand le bois a eu des semaines pour s’imprégner.
Étanche ou ventilée : deux consignes qui semblent se contredire
La règle de base figure dans les publications canadiennes comme dans un document public français consacré à la rénovation : la vitre intérieure doit être beaucoup plus ajustée que la vitre extérieure. Moins d’air humide franchit la barrière, moins il en arrive sur la paroi froide.
Une seconde méthode consiste à ouvrir volontairement la lame d’air. Des ouvertures en haut et en bas de la poche créent un courant d’air qui l’assèche. Le flux venant de l’extérieur doit être plusieurs fois supérieur à celui venant du bâtiment, et ce rapport grandit quand la température extérieure baisse.
Cette ventilation a un prix : elle augmente les pertes de chaleur d’environ 2,5 % à 16 %. Un point de friction subsiste. Certains conseils déconseillent de poser des joints d’étanchéité dans une pièce qui souffre déjà de condensation, alors que les textes sur les doubles-fenêtres réclament une vitre intérieure étanche à l’air.
Le contexte change tout : dans un cas on parle d’une pièce entière, dans l’autre d’un montage de deux fenêtres superposées. Reste que, sorties de leur cadre, ces phrases peuvent donner l’impression d’ordres contraires.
Cracovie, une référence sans dossier technique
L’expression « comme à Cracovie » circule comme une garantie, et elle mérite d’être regardée de près. Aucune des pages techniques réunies ne parle de la Pologne, ni de Cracovie, ni de doubles fenêtres intérieures amovibles qui y seraient d’usage.
Les pages polonaises consultées traitent de la condensation en général : air chaud et humide au contact d’une vitre froide, ventilation insuffisante. La référence la plus directe sur les doubles-fenêtres est un mémoire technique canadien de 1958.
Autre piège, plus discret : le mot « condensation entre les vitres ». Les pages polonaises la présentent comme un défaut d’étanchéité d’un vitrage scellé, donc une panne. Les textes canadiens et le document français parlent d’une fenêtre et de sa double-fenêtre, non scellées, où elle est inévitable à petite dose. Pour une fenêtre bois-alu, un fabricant de menuiseries la dit même normale.
Deux montages, deux diagnostics, un seul mot.
Quel taux d’humidité viser dans la pièce ?
Les recommandations ne se recoupent pas. Voici ce que donnent les sources consultées :
- 40 % au plus selon un fabricant polonais de fenêtres
- 40 à 60 % selon un article polonais
- au-delà de 60 % comme facteur de condensation dans un second texte
- au-delà de 70 % vers 20 °C pour un fabricant autrichien
Pour la température, l’écart est plus mince : entre 18 et 20 °C selon les conseils. Ces repères servent d’ordre de grandeur, pas de seuil magique.
Un hygromètre d’intérieur, d’un prix modeste, suffirait à savoir si le salon flotte plutôt vers 40 % ou vers 70 %. La différence entre ces deux valeurs, c’est probablement celle entre quelques gouttes et un ruissellement.
Que vérifier sur sa propre fenêtre
Avant même de changer quoi que ce soit, un coup d’œil sur la fenêtre d’origine renseigne. Du côté de la lame d’air, la vitre extérieure est-elle embuée ou perlée en partie basse ? Le bois du bas est-il sombre, mou, ou taché de moisissure ? Ces signes disent si la condensation reste anecdotique ou si elle déborde.
Si l’eau déborde, deux leviers existent :
- Resserrer l’ajustement de la vitre intérieure par rapport à l’extérieure
- Ouvrir la poche d’air en haut et en bas, en acceptant une perte de chaleur de l’ordre de 2,5 % à 16 %
Dans les deux cas, baisser l’humidité de la pièce reste le geste le plus direct, puisque c’est elle qui alimente l’ensemble du mécanisme.
Dernier repère, rassurant : la plupart des textes consultés considèrent qu’un peu de condensation sur la vitre extérieure est normale. Ce qui doit alerter, c’est le ruissellement qui atteint le bois.


