En bref
Un propriétaire a scié lui-même les branches du chêne voisin qui débordaient chez lui, mais l'article 673 du Code civil interdit cette coupe directe et n'autorise que d'exiger du voisin qu'il les coupe, exposant l'auteur à des dommages et intérêts.
Trois points à retenir
- L'article 673 du Code civil permet d'exiger du voisin qu'il coupe les branches qui débordent, mais interdit de les couper soi-même.
- Le droit de faire couper les branches est imprescriptible et ne se perd jamais, même après des décennies.
- Couper soi-même les branches engage la responsabilité civile et expose à une demande de dommages et intérêts selon l'article 1240 du Code civil.
La réponse en bref
Non, le propriétaire n'avait pas le droit de scier lui-même les branches du chêne voisin. Il devait d'abord demander au voisin de les couper, puis passer par une lettre recommandée et éventuellement le tribunal si nécessaire.
Il a scié les branches du chêne voisin un samedi — trois semaines après, c’est le voisin qui a écrit
Un samedi de novembre, un propriétaire excédé par les feuilles dans ses gouttières scie les branches du chêne voisin qui débordent chez lui — geste de bon sens en apparence, mais le Code civil le range parmi les actes interdits.
Il est 14 h 30, un samedi de novembre. L’échelle est déjà sortie du garage, la scie à la main. Le grand chêne du voisin étend ses branches au-dessus de la pelouse depuis des années, et cette fois les gouttières débordent. Les feuilles rousses s’entassent, l’eau coule le long du mur. Le propriétaire décide de régler ça lui-même. Trois semaines plus tard, c’est une lettre recommandée qui arrive. Pas un mot sur les feuilles — seulement sur la coupe. Et la facture qui pourrait suivre.
Ce que dit l’article 673 du Code civil : exiger oui, couper non
Le texte de loi est bref et sans appel. Dans sa version en vigueur depuis le 15 février 1921, l’article 673 précise que celui chez qui avancent les branches des arbres du voisin « peut contraindre celui-ci à les couper ». Contraindre le voisin, donc. Pas se substituer à lui.
La préfecture de la Sarthe le rappelle sans détour : le voisin gêné n’a pas le droit de couper lui-même les branches.
Il peut en exiger la coupe à la limite de sa propriété, même si cet élagage risque de faire mourir l’arbre. Mais il ne peut pas prendre la scie et agir seul. Pour les racines, ronces et brindilles, en revanche, la règle s’inverse. Celui chez qui elles s’avancent peut les couper lui-même, à la limite de la ligne séparative.
Autre point méconnu : les fruits tombés naturellement des branches qui surplombent le terrain voisin appartiennent à ce dernier. Pour un chêne, cela concerne les glands qui atterrissent sur la pelouse — mais seulement ceux qui tombent d’eux-mêmes.
Un droit qui ne s’éteint jamais, même après des décennies
L’article 673 pose un principe rarement rappelé : le droit de faire couper est imprescriptible. Aucun délai ne court contre celui qui subit les branches. Un chêne qui déborde depuis trente ans n’a acquis aucun droit de déborder davantage.
Ce droit ne se perd par aucun délai. Cette absence de limite signifie que le propriétaire pressé par ses gouttières n’avait aucune raison de se précipiter. Le samedi suivant, ou celui d’après, la situation juridique aurait été exactement la même.
Des feuilles dans les gouttières, est-ce un tort réparable ?
Les feuilles d’un chêne qui tombent en novembre ne constituent pas, en elles-mêmes, une faute du voisin. Il faut un trouble « anormal » de voisinage, notion que l’article 1253 du Code civil, créé en 2024, semble désormais consacrer.
C’est au juge d’apprécier si le désagrément dépasse ce qu’on tolère entre voisins. Des gouttières bouchées, à elles seules, ne suffisent donc pas à obtenir réparation. Il faudrait établir un dommage sortant de l’ordinaire, et la démonstration reste à la charge de celui qui se plaint.
Un point de prudence : si le chêne figurait parmi les arbres protégés par le plan local d’urbanisme — par exemple en espace boisé classé ou en arbre remarquable — d’autres règles pourraient s’ajouter. Une visite en mairie permettrait de le vérifier avant toute démarche.
Ce que risque celui qui coupe sans autorisation
En sciant lui-même, le propriétaire engage sa responsabilité. Il s’expose à une demande de dommages et intérêts, fondée sur l’article 1240 du Code civil. Rien n’est automatique, aucun montant n’est fixé d’avance, et c’est le juge qui apprécierait le préjudice éventuel.
Une taille faite à la scie par un amateur peut aussi laisser des coupes mal placées sur un arbre de cette taille.
C’est le type de grief que le voisin pourrait mettre en avant : l’arbre abîmé est le sien, pas celui de l’auteur de la coupe. Le fait que les branches dépassaient réellement chez l’un ne retire rien à ce risque. Le propriétaire avait raison sur le fond et tort sur la méthode.
Le plus agaçant tient à ce que la voie légale existait et menait au même résultat. Elle demandait seulement un peu plus de patience, et un peu de papier.
La procédure qui évite le courrier du voisin
La première étape est la plus simple : demander au voisin, à l’amiable, de couper les branches qui avancent. Une conversation par-dessus la haie, un message, un mot dans la boîte aux lettres. Beaucoup de désaccords s’arrêtent là, et c’est la démarche qu’un juge s’attendrait à voir tentée en premier.
Si la demande reste sans effet, vient la lettre recommandée avec accusé de réception. Elle date la demande et prouve qu’elle a été faite, ce qui servira si le dossier va plus loin.
- Demande amiable d’abord, par oral ou écrit simple
- Lettre recommandée avec AR en cas d’absence de réponse
- Conciliateur de justice pour chercher un terrain d’entente
- Tribunal judiciaire si aucune solution n’émerge
Le conciliateur de justice cherche un terrain d’entente entre les deux voisins sans passer par un procès. En cas d’échec, le tribunal judiciaire peut être saisi pour obtenir la coupe des branches. Le propriétaire du chêne ne peut pas opposer l’ancienneté de son arbre, puisque le droit du voisin gêné ne se prescrit pas.
Et si l’arbre est le vôtre ?
Celui qui reçoit une demande d’élagage a intérêt à y répondre avant l’étape du recommandé. Faire couper les branches à la limite de la propriété, de préférence par un professionnel, règle le problème sans conflit.
Les arbres de grande taille ne se taillent pas à la légère, et un chêne mal élagué en garde la trace pendant des années. Reste un détail que l’article 673 écrit noir sur blanc : seuls les fruits tombés naturellement reviennent au voisin. Ceux qu’il cueillerait ou ferait tomber lui-même n’entrent pas dans ce cadre.
Le samedi de novembre où la scie est sortie du garage marque le début d’un malentendu coûteux. La loi offrait une sortie claire, elle demandait seulement un courrier avant un geste.


