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Bien-être

Le dentifrice éloigne-t-il vraiment les moustiques ?

Une astuce virale qui revient chaque été

Dès le retour des beaux jours, la même promesse resurface sur les réseaux sociaux : étaler du dentifrice sur du papier toilette, y mettre le feu, et les moustiques fuiraient instantanément votre salon ou votre terrasse. L’idée séduit, notamment les parents qui rechignent à appliquer des produits chimiques sur la peau de leurs enfants. Mais ce remède de dentifrice anti-moustique repose-t-il sur une quelconque réalité ?

Pour répondre à cette question, des autorités sanitaires comme l’EPA et le CDC aux États-Unis, l’agence singapourienne NEA, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, des dermatologues et même un fabricant de dentifrice ont été consultés. Tous s’accordent à distinguer trois réalités bien séparées : repousser les moustiques, capturer les adultes déjà en vol, et soulager une piqûre qui démange. L’écart entre la promesse virale et ces avis officiels est saisissant.

Dentifrice anti-moustique : ce que le produit fait vraiment

Le dentifrice n’a tout simplement pas été conçu pour tenir les moustiques à distance. L’American Dental Association le définit comme « une pâte abrasive destinée à délivrer un agent anticaries aux dents », et non comme un insecticide. Le fabricant japonais Earth, interrogé directement sur l’idée d’un piège à moustiques, a été on ne peut plus clair : « Nous n’avons aucune preuve que nos dentifrices attirent les moustiques et ils ne contiennent aucun ingrédient insecticide. »

Une autre confusion revient souvent : celle du dentifrice appliqué directement sur une piqûre. Le menthol présent dans certains produits active le récepteur TRPM8, associé à la sensation de froid et à une réduction des signaux de démangeaison selon le NCBI, ce qui peut donner l’impression d’un soulagement. Pourtant, les organismes de santé ne recommandent pas cette pratique, et des tensioactifs identifiés par DermNet peuvent aggraver l’irritation d’une peau déjà fragilisée.

Ce que disent EPA, CDC et UFC-Que Choisir sur les répulsifs vraiment efficaces

Pour évaluer l’efficacité réelle d’un produit contre les moustiques, l’EPA dispose d’un outil recensant les répulsifs cutanés ayant fait l’objet d’une évaluation officielle. L’agence précise que « les résultats de cet outil ne comprennent que des produits répulsifs appliqués sur la peau, enregistrés auprès de l’EPA », une base mise à jour en juin 2019. Chaque produit y porte un numéro d’enregistrement, le EPA Reg. No., garantissant que des études de sécurité et d’efficacité ont bien été réalisées.

Le CDC s’appuie sur ces homologations et recommande plusieurs principes actifs reconnus contre les piqûres de moustiques :

  • DEET
  • Picaridin
  • IR3535
  • Huile d’eucalyptus citronné, également désignée OLE/PMD
  • 2-undecanone

Les gels dentaires n’apparaissent dans aucune de ces catégories. UFC-Que Choisir souligne par ailleurs que les pièges artisanaux à base de fermentation ne présentent rien de « magique » : les moustiques continuent de préférer les personnes situées à proximité plutôt que ces dispositifs improvisés.

Quelles alternatives au dentifrice anti-moustique pour passer l’été sereinement

L’agence NEA à Singapour résume la situation sans détour : « l’efficacité des pièges maison pour attraper les moustiques adultes est largement non prouvée. » Pire encore, un piège mal entretenu où l’eau stagne peut se transformer en gîte larvaire, aggravant le problème plutôt que de le résoudre. Le duo papier toilette et dentifrice brûlé présente en outre un risque d’incendie réel et produit des fumées irritantes, pour un bénéfice qui n’a jamais été scientifiquement démontré.

Les solutions réellement utiles sont bien plus simples et accessibles :

  • Choisir un répulsif cutané homologué contenant l’un des principes actifs recommandés par le CDC
  • Installer des moustiquaires aux fenêtres et autour des zones de couchage
  • Éliminer toutes les eaux stagnantes dans le jardin ou sur la terrasse
  • Porter des vêtements couvrants aux heures de forte activité des moustiques

Pour soulager une piqûre déjà présente, les recherches sur le récepteur TRPM8 montrent qu’une source de froid ou des dispositifs spécifiquement conçus à cet effet sont bien plus sûrs et efficaces qu’une noisette de dentifrice appliquée en urgence.