Aksaray Kebab

Des conseils utiles, de la cuisine à la maison

Conseils cuisine

Sans clôture, la forêt reste privée : pourquoi la cueillette de cèpes ne fonctionne pas comme vous le croyez

AI-illustration

En bref

Les champignons cueillis dans un bois privé appartiennent au propriétaire du sol, même sans clôture ni panneau, et leur ramassage sans autorisation constitue une infraction.

Trois points à retenir

  1. L'absence de clôture ou de panneau n'autorise jamais la cueillette dans un bois privé, contrairement à une idée répandue.
  2. Prélever moins de 10 litres de champignons sans autorisation du propriétaire constitue une contravention de 4e classe, au-delà c'est un vol.
  3. Les trois quarts des forêts françaises sont privées, seules les forêts publiques bénéficient d'une présomption d'autorisation jusqu'à 5 litres.

La réponse en bref

Non, la cueillette de cèpes ne fonctionne pas comme beaucoup le croient : dans un bois privé, même sans clôture, les champignons appartiennent au propriétaire et leur ramassage sans autorisation est interdit par le Code forestier.

Sans clôture, la forêt reste privée : pourquoi la cueillette de cèpes ne fonctionne pas comme vous le croyez

Ce petit bois ouvert où vous ramassez vos champignons depuis quinze ans appartient à quelqu’un, et cette personne peut vous poursuivre.

Fin octobre, après plusieurs jours de pluie douce, la poussée de cèpes est là. Au-dessus des maisons s’étend un bois de quelques hectares, sans clôture. Le chemin reste libre d’accès. L’habitué des lieux redescend avec sa cueillette et trouve le propriétaire planté devant son portail. La scène se répète chaque automne dans les campagnes françaises, et elle n’a rien d’anodin : ce bois n’a jamais été un bien commun.

Pourquoi l’absence de clôture ne signifie-t-elle rien ?

Personne n’a dressé de barrière, personne n’a cloué de panneau, et des générations ont suivi le même sentier. À force, l’habitude prend des airs de droit. Chaque automne passé sans incident renforce l’impression. Aucun de ces éléments ne figure pourtant parmi les conditions posées par le Code forestier, qui exige l’accord du propriétaire du terrain.

Les champignons appartiennent au propriétaire du sol, au même titre que les autres fruits de sa terre.

C’est le principe de l’article 547 du Code civil, qui attribue au propriétaire les fruits naturels de la terre. Le cèpe qui perce sous un chêne n’est donc pas un bien sans maître, à la différence du gibier. La jurisprudence est constante sur ce point : l’absence de panneau « cueillette interdite » n’a jamais valu autorisation d’entrer.

Le réflexe vient aussi de la forêt publique, où une tolérance existe vraiment. On la transpose sans y penser au petit bois d’à côté, alors qu’aucun texte ne la prévoit pour lui.

Que dit le Code forestier sur la cueillette en bois privé ?

L’article R163-5 vise le prélèvement de champignons, de fruits et de semences dans les bois et forêts. Sans l’autorisation du propriétaire du terrain, en prélever un volume inférieur à 10 litres est puni de l’amende des contraventions de 4e classe. Le texte ne fixe aucun volume en dessous duquel la cueillette deviendrait libre dans un bois privé.

Aucune présomption d’autorisation n’existe dans un bois privé.

Au-delà de 10 litres, on change de catégorie. L’article L163-11 renvoie alors aux peines du vol prévues par le Code pénal, toujours en l’absence d’autorisation du propriétaire. Le même régime s’applique aux truffes, quelle que soit la quantité : une seule suffit. Une belle poussée de cèpes peut donc suffire à faire basculer un ramassage de la contravention vers le délit.

Combien de bois sont réellement ouverts au public ?

Les forêts publiques, celles de l’État et des collectivités, représentent 25 % de la surface forestière de métropole d’après l’ONF. Le reste, soit environ les trois quarts, relève de propriétaires privés. La forêt publique est donc l’exception, et le petit bois du coin la règle.

C’est dans les bois et forêts relevant du régime forestier que la règle se desserre. Sauf réglementation contraire, l’autorisation y est présumée tant que le volume prélevé n’excède pas 5 litres.

Le seuil de 5 litres s’arrête à la lisière du bois privé.

Ce seuil de 5 litres est celui que beaucoup de cueilleurs ont en tête, parce qu’ils ont d’abord ramassé en forêt domaniale. Il suppose pourtant deux conditions : que la forêt relève du régime forestier, et qu’aucune réglementation contraire ne s’y applique. Au-delà de 5 litres, la présomption tombe, même en forêt publique. Pour un bois de particulier, rien de comparable n’existe.

Dix litres, est-ce vraiment beaucoup ?

Dix litres, c’est le contenu d’un seau de ménage ordinaire. En pleine poussée, sous la pluie de fin octobre, une journée de cueillette généreuse peut s’en approcher. Rester en dessous ne protège de rien dans un bois privé : sans autorisation, l’infraction existe déjà, classée en contravention de 4e classe.

Dans un bois privé, la décision revient à une seule personne. Le propriétaire peut se réserver la cueillette, l’autoriser ou la tolérer, dans la limite des arrêtés préfectoraux. À ces règles nationales peuvent s’ajouter des arrêtés préfectoraux, qui encadrent localement les quantités ou les périodes de ramassage. Ils sont affichés en mairie, où l’on peut vérifier ce qui s’applique dans sa commune avant de partir.

Comment faire la cueillette sans risque ?

Demander, tout simplement. Sonner à la porte ou glisser un mot dans la boîte aux lettres prend quelques minutes. Beaucoup de propriétaires acceptent, surtout quand la demande arrive avant la cueillette plutôt qu’après.

Une demande gagne à être précise : quel secteur, à quelle fréquence, pour quelle quantité approximative. Une autorisation écrite, quand c’est possible, vaut mieux qu’un simple hochement de tête, car elle lève tout doute le jour où un autre promeneur croise le propriétaire.

Rien n’interdit de proposer quelque chose en retour, par exemple quelques cèpes déposés au portail.

Cela relève du savoir-vivre, pas de la loi. Un tel geste peut changer la nature des rapports avec le propriétaire, d’une année sur l’autre. Mais l’accord reste la seule chose qui compte devant la loi.

Reste le cas de la forêt publique, où l’autorisation se demande au représentant local de l’ONF. La présomption de 5 litres y joue sauf réglementation contraire, et les règles propres à chaque forêt peuvent donc se révéler plus strictes que ce seuil. En cas de doute, c’est auprès de lui qu’il faut se renseigner avant de partir.

Le sentier que l’on emprunte depuis l’enfance ne devient pas public avec le temps, et le propriétaire qui n’a jamais rien dit garde le droit de changer d’avis demain matin.