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Fruitiers en motte — ce n’est pas le grillage qu’il faut retirer

AI-illustration

En bref

Lors de la plantation d'un fruitier en motte grillagée, le fil qui enserre le tronc au niveau du collet doit toujours être coupé pour éviter l'étranglement, tandis que le grillage autour de la motte peut rester en place selon les pépiniéristes.

Trois points à retenir

  1. Le fil du collet doit être sectionné avant plantation car il provoque un étranglement du tronc en 4 à 10 ans.
  2. Les études sur 9 ans montrent que le grillage en fil recuit n'affecte pas la survie ni la croissance des arbres.
  3. La toile synthétique doit être retirée car elle ne se dégrade pas et risque d'étrangler les racines.

La réponse en bref

Il faut toujours couper le fil qui enserre le tronc au niveau du collet, car il provoque un étranglement mortel. Le grillage autour de la motte peut rester en place selon les pépiniéristes, les études ne montrant pas d'effet nuisible.

Fruitiers en motte — ce n’est pas le grillage qu’il faut retirer

Les pépiniéristes le martèlent : sur un arbre vendu en motte grillagée, le vrai danger se situe au niveau du collet, pas autour des racines.

Samedi matin, parking d’une pépinière de l’Ouest. Un client soulève un pommier en motte, inspecte le grillage qui enserre la terre, demande s’il faut tout retirer avant de planter. La réponse ne va pas de soi. Certains professionnels insistent pour qu’on laisse le grillage en place, d’autres demandent qu’on le découpe une fois l’arbre calé. Entre les deux camps, le débat reste ouvert. Pourtant, tous s’accordent sur un geste : couper le fil qui fait le tour du tronc, juste au-dessus de la motte.

Le fil du collet : celui-là, on le coupe toujours

Le premier fil du grillage qui enserre le tronc au niveau du collet doit être sectionné avant de planter. Ce lien, serré contre l’écorce, ne cédera pas lorsque le tronc grossira. Laissé en place, il provoque un bourrelet, puis un étranglement. Le phénomène s’installe en silence, parfois sur 4 à 10 ans. Les signes apparaissent tard : feuillage qui jaunit trop tôt, chute prématurée, déclin progressif de l’arbre.

Le tronc grossit, le fil ne cède pas.

Un coup de sécateur suffit, une fois la motte calée dans le trou. Si un lien ferme également la toile qui enveloppe la motte, il doit être dénoué. Ces deux gestes ne se discutent pas. Le reste — grillage, toile, panier métallique — divise les professionnels.

Grillage de la motte : deux pratiques qui coexistent

Plusieurs pépiniéristes sont catégoriques : le grillage en fil recuit reste en place. Ils le décrivent comme biodégradable, au même titre que la tontine en coton. Leur seule intervention consiste à dégager le collet au sécateur quand il se trouve serré. Leur crainte numéro un : casser la motte, qui porte tout le système racinaire de l’arbre.

D’autres fiches de plantation, rédigées par des conseils départementaux ou des collectivités, disent l’inverse. Elles demandent de découper le grillage et la toile une fois la motte calée, ou au moins de retirer le grillage qui ne se dégrade pas. Les pratiques ne sont donc pas les mêmes d’un territoire à l’autre.

Un point commun : on ne coupe rien avant que la motte soit calée.

Ce que montrent les essais

En 2008, 45 frênes ont été répartis au hasard entre trois traitements : transplantés à la bêche mécanique sans aucun emballage, plantés en motte avec le grillage conservé (seules la toile et la ficelle étaient ôtées), ou plantés avec tout l’emballage retiré, grillage compris. Le suivi a duré 9 ans, avec une mesure annuelle de la hauteur et du diamètre du tronc.

Tous les arbres ont survécu, quel que soit le traitement. Côté croissance, les écarts restent marginaux. Une autre étude, menée sur des érables et des féviers, n’a relevé aucune différence au bout de 2 à 3 saisons. Sa durée reste très inférieure aux 4 à 10 ans après lesquels des étranglements ont été décrits.

Une synthèse universitaire arrive au même constat : aucune recherche ne prouve un effet nuisible du grillage. Les racines grossissent, traversent les mailles et finissent par englober le fil. Le débat reste pourtant ouvert entre professionnels, et ces travaux ne départagent pas les deux camps.

Un arbre arraché en pépinière perd jusqu’à 98 % de son système racinaire.

Face à ce choc, les auteurs d’une revue de recherches jugent limité l’effet de racines qui passent sur des mailles. Le grillage, en somme, ne pèse pas lourd face à la violence de l’arrachage.

Toile synthétique : celle-là doit sortir

Le cas de la toile ne prête pas à débat. Une toile en polypropylène ou en plastique ne se dégrade pas, et les racines qui la traversent risquent d’y être étranglées. Elle se retire donc, contrairement à une tontine en coton qui finit par disparaître.

Côté métal, la prudence s’impose aussi. Le grillage galvanisé dure plus longtemps que le fil recuit : sur des paniers enterrés depuis 4 ans, sa résistance n’avait baissé que d’environ 5 %. Pour le fil recuit, personne ne peut annoncer en combien de temps il disparaît dans le sol, et aucune durée ne devrait être avancée.

Dans le trou : l’ordre des gestes

Le trou mesure environ 80 cm sur 80, davantage si le sujet est très gros. L’arbre y descend avec sa motte intacte, puis il est calé par-dessous pour ne plus bouger. Seulement alors, on touche aux attaches. Couper avant, c’est prendre le risque de casser la motte, et avec elle les racines.

Le collet se place au niveau du sol, jamais enterré. Une fois l’arbre calé, on procède dans cet ordre :

  • On coupe le fil du collet
  • On dénoue le lien de la toile
  • On retire la toile si elle est synthétique
  • On laisse le reste du grillage ou on le découpe, selon la pratique de la pépinière

Le tuteur se plante face au vent dominant.

Des vents de 40 à 47 km/h sont annoncés les 1er et 2 novembre, de quoi tester l’ancrage des arbres tout juste plantés. Une motte bien calée et un tuteur bien orienté limitent les mouvements du tronc.

Planter maintenant ou patienter

Les fiches de plantation indiquent de mi-novembre à fin février hors gel, ou de novembre à avril sauf fortes gelées. Fin octobre correspond donc au tout début de la saison, pas à son cœur.

Dans l’Ouest, les petites gelées de fin octobre justifient d’attendre. Le sol doit être ressuyé avant de planter, même hors gel. La fenêtre reste large, puisque certains pépiniéristes vont jusqu’à avril.

Avant de couper quoi que ce soit, le plus sûr est de demander à la pépinière de quoi la motte est emballée. Fil recuit, grillage galvanisé et toile plastique ne se traitent pas de la même façon, et un geste adapté vaut mieux qu’une règle universelle appliquée à l’aveugle.